Emmaüs Connect : lutter contre l’exclusion numérique à Bordeaux
Emmaüs Connect s’occupe d’un problème méconnu, l’exclusion numérique. L’utilisation du digital est quelque chose considéré pour acquis par la plupart, mais certains n’ont pas eu la chance d’y être éduqués.
Cours de la Marne, non loin de la gare Saint-Jean, un bâtiment moderne déteint sur l’architecture traditionnelle en pierre. L’immeuble accueille le siège de l’association Emmaüs Connect. Une fois la porte passée, une ambiance à mi-chemin entre le cabinet médical et le hall d’une administration, se dégage de l’endroit au plafond très haut, plongé dans un éclairage artificiel.
Deux personnes, à l’accueil, sont en pleine discussion avec une femme qui ne parle pas bien le français. Une fois le dialogue terminé, Antoine, bénévole pour Emmaüs Connect présent à l’accueil, fait le point sur le rôle de l’association. Lui et les autres bénévoles accompagnent les personnes en situation d’exclusion numérique. Un problème peu connu, qui touche à la fois la grand-mère préférant venir se former dans les lieux plutôt que de déranger son petit-fils, ou une personne sans-abri qui peine à trouver du travail en raison de la digitalisation de la démarche.
Morgane, bénévole depuis 1 an, détaille les programmes d’initiation organisés par la structure. Il est ici possible de se former en 9 séances, éparpillées sur 3 semaines, à des actions qui sont acquises par la majorité des français. Utiliser un clavier, naviguer sur Internet, ou encore organiser ses fichiers, ces choses-là ne sont en réalité pas données à tout le monde, et doivent parfois faire l’objet d’une formation. Morgane confie : “On voit à quel point les gens sont contents d’être accompagnés. Certains nous remercient même d’exister, et c’est très touchant !”.

Les deux ordinateurs mis à disposition par l’association, Crédit : Jules Germain Formel, 21/11/2024
“Je suis un peu l’ancien ici, mais les bénévoles ont entre 25 et 35 ans pour la plupart”, se présente Patrice, ancien manager chez Orange à la retraite. Tous les jours, il vient aider et apporter son savoir précieux dans le numérique aux plus démunis. Il explique : “Avant d’être ici, je ne m’imaginais pas à quel point il y avait des gens en difficulté dans ce domaine, c’est devenu tellement normal de savoir utiliser un ordinateur”. Alors que la discussion continue, le balai des personnes en situation précaire continue dans le hall. Un homme vient s’asseoir derrière l’un des deux ordinateurs en libre-service. Un autre, qui ne semble pas parler un mot de français, débite en anglais ses requêtes. Fabrice rebondit : “Pour les personnes qui ne parlent pas français, on utilise tout bêtement Google Traduction, ou alors on parle avec les gestes, mais on arrive toujours à se comprendre !”

La Salle d’Emmaüs Connect dans laquelle ont lieu les séances du programme d’initiation, Crédit : Jules Castro, 24/11/2024
Morgane passe dans une pièce beaucoup plus sombre. Et emprunte, à gauche, un escalier menant vers un sous-sol lumineux. L’endroit bétonné et parsemé de tuyaux, est bien différent de la pièce d’accueil. Il renferme 5 ou 6 “reconditionneurs” s’assurant que les appareils numériques reçus par l’association sont en bon état. Ces hommes de l’ombre font tout leur possible pour les rendre fonctionnels. Les différentes machines une fois passées entre leurs mains seront mises en vente à l’étage à des prix très avantageux. Avant de repartir, Sixtine, la directrice de l’antenne bordelaise d’Emmaüs Connect, prend le temps de préciser que les 150 bénévoles de l’association aident chaque année près de 1000 personnes dans le besoin à Bordeaux.